Small Economies Forum : vers une coopération internationale renforcée entre petites économies

Le 5 mai 2026, à la veille de la conférence annuelle de l’International Competition Network (ICN), s’est tenue à Manille la première édition du Small Economies Forum (SEF), organisée par l’Institute for Small Markets in Law and Economics (ISLE), en partenariat avec la Philippine Competition Commission.

Réunissant des représentants d’autorités de concurrence, des régulateurs, des universitaires et des praticiens venus du monde entier, cette rencontre internationale avait pour ambition de créer un espace inédit d’échanges consacré aux réalités spécifiques des petites économies et des territoires insulaires.

Une conviction fondatrice : les petites économies ne sont pas des économies « réduites »

En ouverture des travaux, les intervenants ont rappelé une idée centrale : les petites économies ne sauraient être appréhendées comme de simples versions miniatures des grands marchés continentaux. Leur taille, leur isolement géographique, leurs contraintes logistiques, la concentration naturelle de certains secteurs ou encore la faible profondeur de leurs marchés créent des équilibres économiques singuliers, qui appellent des approches adaptées en matière de concurrence, de régulation et de gouvernance économique.

À travers cette première édition, le SEF entend précisément contribuer à structurer une réflexion internationale sur ces enjeux, dans une logique de dialogue, de partage d’expériences et de coopération pratique entre juridictions confrontées à des défis similaires.

Des échanges nourris autour des défis structurels

Le premier panel, consacré aux défis structurels des petites économies, était modéré par Ernesto Kross et réunissait :

  • Bevan Narinesingh ;
  • Roy Daggy ;
  • Vipin Naugah.

Les discussions ont mis en lumière plusieurs caractéristiques communes aux petites juridictions : dépendance aux importations, coûts fixes élevés, forte concentration des marchés, fragilité des chaînes logistiques, faible contestabilité économique ou encore tension permanente entre efficience économique et préservation d’une concurrence effective.

Au-delà des constats, les intervenants ont également souligné la nécessité de développer des outils de régulation proportionnés, pragmatiques et contextualisés, capables de préserver les principes fondamentaux du droit de la concurrence tout en tenant compte des réalités économiques locales.

Des ateliers de travail pour identifier les priorités communes

À l’issue du panel, les participants ont été répartis en groupes de travail afin d’approfondir les enjeux évoqués durant les échanges.

Ces ateliers avaient pour objectif d’identifier les principaux défis structurels qui gagneraient à faire l’objet d’une coopération renforcée entre petites économies. Les discussions ont permis de faire émerger plusieurs thématiques récurrentes, parmi lesquelles la gestion des monopoles naturels, les difficultés liées aux marchés de petite taille, la dépendance logistique ou encore les enjeux de capacités administratives et techniques des autorités.

Les participants ont également échangé sur les moyens de mutualiser certaines expertises, de développer des espaces de formation et de favoriser des échanges réguliers de bonnes pratiques entre juridictions confrontées à des problématiques comparables.

Gouvernance économique et coopération institutionnelle au cœur du second panel

Le second panel, consacré aux enjeux de gouvernance et de coopération institutionnelle, était modéré par Ng Ee Kia.

Les échanges réunissaient :

  • Christina Choy ;
  • Willard Mwemba ;
  • Maria Elena Vasquez Taveras.

Les intervenants ont abordé plusieurs questions essentielles : indépendance des autorités, crédibilité de la régulation, coopération régionale, contraintes de ressources humaines, ou encore adaptation des modèles institutionnels aux réalités des petits marchés.

Les échanges ont notamment montré que les petites économies disposent souvent d’une grande capacité d’innovation institutionnelle, précisément parce qu’elles doivent composer avec des moyens limités et des environnements économiques fortement contraints.

Une réflexion collective sur les futures coopérations d’ISLE

Comme lors du premier panel, cette séquence a été prolongée par des ateliers collaboratifs organisés en petits groupes.

Les participants étaient invités à identifier les sujets de gouvernance qui pourraient utilement faire l’objet de travaux communs, d’échanges de pratiques ou de futurs groupes de travail portés par ISLE.

Ces discussions ont permis de dégager plusieurs pistes prioritaires : gouvernance des autorités de concurrence dans les petites juridictions, mutualisation des expertises techniques, coopération régionale, régulation des secteurs concentrés, transparence économique, ou encore articulation entre politiques publiques et contraintes structurelles des petits marchés.

Chaque groupe a désigné un rapporteur chargé de restituer les propositions formulées, permettant ainsi de dresser une première cartographie des axes de coopération susceptibles d’être développés dans les prochains mois au sein du réseau ISLE.

Des regards croisés de grandes autorités de concurrence

La journée s’est conclue par une séquence de réflexion internationale réunissant :

  • Benoît Cœuré ;
  • Gina Cass-Gottlieb ;
  • Martijn Snoep.

Leurs interventions ont permis d’élargir les perspectives en soulignant l’intérêt croissant porté, au niveau international, aux problématiques propres aux petites économies et aux marchés insulaires.

Les intervenants ont insisté sur l’importance d’un dialogue international ouvert et pragmatique, capable de concilier universalité des principes du droit de la concurrence et diversité des réalités économiques.

Une dynamique appelée à se poursuivre

Cette première édition du Small Economies Forum marque une étape importante dans la structuration d’un réseau international consacré aux enjeux des petites économies.

Au-delà des échanges techniques, le Forum a permis de faire émerger une communauté de réflexion et de pratique partageant une conviction commune : les petites économies ne doivent pas être considérées comme périphériques, mais comme des espaces d’innovation institutionnelle et de réflexion stratégique pour l’avenir de la régulation économique.

Les travaux engagés à Manille ont vocation à se poursuivre dans les prochains mois à travers les activités de recherche, de publication et de coopération portées par ISLE.

Télécharger ici la synthèse du Small economies forum (english version) :

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